Un Sommeil de plomb

présentation du projet

 

L’Histoire de la découverte spatiale, des conditions dans lesquelles les avancées scientifiques eurent lieu au milieu du XXe siècle, est assez méconnu de nos Digital Native, nos actuels adolescents. Ces découvertes scientifiques et les multiples applications que nous connaissons au quotidien – Internet, GPS, réseaux, satellites… – ont pourtant façonné notre Monde actuel et nous en connaissons bien leur réel impact sur ses jeunes contemporains européens. Nous ne pouvons nous passer de ces inventions et technologies, elles forgent nos vies, toutes générations confondues, les Digital Native peut-être plus que tout autre.

Pourtant lorsqu’on découvre le contexte sombre dans laquelle elles ont vu le jour, cette avancée scientifique nous pose un problème de conscience. Que l’exploitation dans un camp de concentration de milliers d’hommes ait permis des avancées technologiques aussi importantes que l’invention des fusées nous interpelle sur la place de l’éthique dans la recherche scientifique, son rapport au pouvoir et le rôle des médias dans leurs missions d’information. Ces questions furent posées il y a des décennies, et elles se posent encore aujourd’hui.

Mettre en scène aujourd’hui des adolescents dans la pièce de Christine Méron Un Sommeil de Plomb, est donc une opportunité de faire comprendre de l’intérieur, à travers des personnages puissants, une terrible page de la Seconde Guerre mondiale. Mais s’arrêter à cet enjeu serait très réducteur.

En ce soixante-quinzième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est nécessaire de poursuivre le travail de mémoire pour construire un avenir plus pacifique, plus respectueux des êtres humains et de leurs diversités. Et c’est à nous adultes – a fortiori artistes et pédagogues – d’accompagner les jeunes, d’en faire des passeurs d’histoires, des témoins de témoins. Tout en restant dans l’Histoire qui permet de prendre certaines distances avec l’actualité et un peu plus de recul, Un Sommeil de Plomb me permet d’aborder avec les adolescents – sur scène et dans la salle – des réalités temporellement plus proches d’eux que celles d’il y a soixante-quinze ans.

Depuis plus de dix ans je m’attache à faire vivre à des adolescents les parcours humains de personnages qui ont, tant dans la fiction que dans le réel, traversé les époques. Au-delà de mon élan pour l’Histoire, cette démarche me paraît essentielle parce que je suis convaincu que les livres d’Histoire, images d’archives et autres documentaires ne sont plus suffisamment efficaces pour que la jeunesse prenne conscience. Je crois même qu’ils ne l’ont jamais été, tant que ce n’est pas l’humain, l’anonyme, le monsieur, madame tout le monde qui sont au centre du propos.

Cette génération Digital Native, plus que toute autre, a besoin de ressentir, de toucher et d’être touchée pour comprendre. Tant qu’ils ne jouent pas à être « à la place de », tant qu’ils n’habitent pas des personnages, ils restent extérieurs à l’Histoire. Leur conscience est indissociable de leurs émotions, émotions qu’ils ont l’impression de vivre intimement, entièrement, singulièrement. Voilà pourquoi je m’obstine, à chaque nouvelle création, à les mettre au centre du processus intellectuel, politique, sensible, moral… pour que l’Histoire devienne un vécu, qu’ils puissent en tirer les leçons et participer avec plus de clairvoyance à la construction d’une société plus humaine, plus pacifique et plus solidaire.

Guillaume De Moura